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Les périodiques : une source incomparable pour l’histoire des femmes

par Julie Roy

Julie Roy est archiviste pour la Bibliothèque et Archives nationales du Québec et l'Université Laval. Une version antérieure de cet article a été publiée dans Facsimile no. 28 (été 2010).

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Malgré les travaux qui, depuis une trentaine d’années mobilisent historiens et historiennes de toutes les disciplines, l’histoire des femmes recèle encore de nombreux pans inexplorés, notamment pour la période qui précède le XXe siècle. Outre les documents d’archives, qui offrent une part non négligeable des sources permettant de reconstituer cette histoire, les périodiques des XVIIIe et XIXe siècles constituent un matériel d’une richesse mésestimée pour découvrir l’histoire des femmes et celle de leur inscription dans l’espace public. Les périodiques diffusés par Canadiana peuvent largement contribuer à rendre plus accessibles ces sources qui constituent également le fondement même de l’écriture publique des femmes. Ces sources permettent de renouveler les perspectives selon lesquelles on aborde l’histoire littéraire des femmes et de découvrir des oeuvres et des discours qui remettent en question le corpus traditionnel dans lequel figure généralement une poignée de religieuses avant la consécration de femmes de lettres laïques au tournant du XXe siècle.

L’accession des femmes à l’espace public est un long processus qui puise ses racines bien avant l’apparition d’écrivaines ou de journalistes de profession. Nous allons présenter ici quelques volets exploratoires de ce vaste corpus sous l’angle de l’histoire des femmes et de l’histoire littéraire des femmes en particulier.1

Les femmes et la lecture des périodiques

Les livres et les périodiques importés d’Europe forment l’essentiel des sources de lectures des Canadiens de la vallée du Saint-Laurent jusqu’à l’arrivée d’une première imprimerie à Québec en 1764. Dans leur prospectus, les éditeurs de la Gazette de Québec / The Quebec Gazette tentent de séduire le lectorat féminin en présentant des histoires de femmes hors du commun, des biographies de femmes célèbres, des textes à saveur morale sur le mariage et les bonnes manières ou encore des articles sur l’éducation. La lecture, et la lecture féminine en particulier, s’avère d’ailleurs un sujet de préoccupation important dans plusieurs journaux tout au long des XVIIIe et XIXe siècles. Certains éditeurs vont même jusqu’à fournir des indications précises quant à la moralité des textes qu’ils présentent et la possibilité pour les femmes de les lire. Dans L’Abeille canadienne, 1818-19, la publication d’un extrait d’un roman de Mme de Genlis, en janvier 1819, donne lieu à cette remarque du rédacteur principal, Henri-Antoine Mézière : « Les romans de Madame de Genlis ont le rare avantage de pouvoir être lus sans inconvénient, par les personnes de tout âge et de tout sexe; tant l’auteur y montre de respect pour la religion, les bonnes moeurs et la bienséance ».2 Dans Le Fantasque, 1837-49 Napoléon Aubin accompagne la parution du feuilleton « Les douleurs d’une femme heureuse » de cette indication : « La mère en permettra la lecture à sa fille ».3 Les textes destinés implicitement ou explicitement aux femmes côtoient les nouvelles d’Europe, les débats politiques et économiques, les lettres d’opinions, les poèmes, les récits et les petites annonces. Ils apparaissent de manière constante ou sporadique, selon les périodiques, jusqu’à l’apparition massive des magazines dédiés à la famille et des magazines féminins dans le dernier quart du XIXe siècle.

Riches

Parmi les périodiques explicitement adressés aux Canadiennes, L’Almanach des dames, de Louis Plamondon, paru en 1806, fait figure de pionnier.4 Il faudra attendre près de 30 ans et la parution du The Montreal Museum de Mary Graddon Gosselin, publié à Montréal de 1832 à 1834, pour voir paraître un autre périodique dont le public privilégié sera composé de femmes. Mme Gosselin s’intéresse non seulement à divertir le lectorat féminin, mais encourage ses lectrices à produire elles-mêmes les textes qui y seront imprimés. Si la majorité des collaboratrices sont anglophones, les lectrices se trouvent sans doute dans les deux communautés linguistiques, comme en témoigne cette annonce parue dans Le Canadien :

Le cinquième numéro du Musée de Montréal, journal de Littérature agréable et des Arts, publié en cette ville en langue Anglaise par une dame qui y voue ses loisirs, est sorti tout dernièrement. La publication fait beaucoup d’honneur au talent et au goût de son éditeur et a été accueillie avec la faveur qu’elle méritait. Nous en conseillons la lecture à celles de nos aimables compatriotes qui avec l’intelligence de l’Anglais, ont assez de loisirs pour en dévouer une partie au perfectionnement du coeur et de l’esprit, et à celui de l’art d’écrire. […]5

Mary Graddon Gosselin consacre non seulement ses « loisirs » à gérer la publication du Museum, mais elle y écrit des articles à saveur morale et traduit des textes du français à l’anglais. Elle dénonce notamment les personnages féminins frivoles de certains romans à la mode et enjoint ses lectrices à éviter ce genre de lecture. Une étude des articles, poèmes et feuilletons tirés de la presse étrangère et plus particulièrement des écrivaines représentées dans la presse de cette période reste encore à faire. Si l’on repère aisément quelques classiques, la majorité des femmes de lettres dont on reproduit les textes sont aujourd’hui méconnus. Les Canadiennes trouvent parfois dans les pages de leur hebdomadaire favori des modèles de lettres à imiter ou encore des poèmes. Plusieurs feuilletons mettent également en scène des jeunes filles et des femmes qui deviendront des modèles. Une étude des textes d’auteures étrangères reproduits dans les périodiques peut également contribuer à comprendre les modèles d’écriture et les modèles de femmes de lettres qui ont pu influencer la pratique de l’écriture publique des Canadiennes.

Bien que les textes concernant la lecture nous permettent de dresser un certain portrait de la lectrice idéale, le portrait de la lectrice réelle est difficile à cerner. Peu de listes d’abonnés sont aujourd’hui disponibles. Le Canada musical, 1866-81, qui présente dans chacun de ses numéros le nom de ses abonnés, dont près du tiers sont des femmes, constitue une exception. Or, dans un contexte où les périodiques passent facilement de main en main et qu’ils sont souvent conservés pendant de longues années dans les familles, ces listes ne reflètent que partiellement la nature du lectorat féminin. On doit également se méfier de généraliser en associant les lectures des femmes à celles qui leur étaient explicitement destinées ou de cantonner la perspective aux types de textes potentiellement lisibles par des femmes en vertu des préjugés de l’époque ou de nos propres cadres de référence. Les rares témoignages que l’on retrouve dans les correspondances de cette période font davantage référence à la lecture des actualités et des débats politiques qu’aux textes généralement associés à la lecture féminine.6 Il n’en demeure pas moins que les textes destinés au lectorat féminin permettent de dresser le portrait de la lectrice idéale et de voir en filigrane les attentes à l’égard des femmes, tant sur le plan social, moral que littéraire.

Collaboratrices

Fashion

L’implication des femmes dans les entreprises de presse est une piste intéressante à explorer. Nos premières hypothèses nous portent à croire que plus les femmes étaient impliquées dans la conception des périodiques, plus les discours féminins y avaient une place de choix. Le Montreal Museum, outre le fait qu’il s’agit d’un journal anglophone qui pouvait compter sur des auteures ayant souvent déjà publié en Angleterre et aux États-Unis, est dirigé, pour la première fois au Canada, par une femme. Cet élément a sans doute un impact majeur sur le contenu et la place qu’y occupent les auteures féminines. Pour l’édition des deux premiers numéros, au moins, Mary Graddon Gosselin collabore avec Elizabeth Ann Tracey,1 soeur de Daniel Tracey, médecin et journaliste, fondateur du Vindicator en 1828.

Le rôle des épouses d’imprimeurs, d’éditeurs et de collaborateurs est également une piste importante à explorer. On connaît l’implication de Marie Mirabeau dans la production de la Gazette littéraire, 1778-79.8 Cette dernière a pris en charge l’imprimerie dirigée par son mari, Fleury Mesplet, pendant son incarcération en 1776, puis pendant celle qui s’échelonna de juin 1779 à septembre 1782. Marie Mirabeau aurait notamment veillé à la publication d’un Almanach curieux et intéressant, d’un calendrier, d’un psautier et d’un manuel anglo-mohawk.9 Son implication va sans doute au-delà de ces événements ponctuels, la Gazette littéraire étant le périodique le plus ouvert à la production féminine au cours du XVIIIe siècle au Canada avec une trentaine de textes signés sous pseudonyme féminin pendant les deux années d’existence du journal. C’est le cas également de la Gazette des Trois-Rivières, publiée par Ludger Duvernay entre 1817 et 1819. Sa soeur, Julie,10 l’avait rejoint à la fin du mois de juillet 1817 afin de l’aider dans sa nouvelle entreprise de presse qui allait démarrer au mois d’août. Julie Duvernay reste à ses côtés jusqu’à la fermeture du journal en 1819. Bien que l’on associe sa présence à une aide domestique, elle a sans doute eu une certaine influence sur le contenu du journal et est peut-être même l’auteure du poème intitulé « L’erreur » signé « Mlle D....... » qui y est publié le 12 octobre 1819. « Mlle D……. » montre les conséquences de la duplicité des hommes, lorsque les femmes leur laissent les commandes et croient à l’amour qu’ils leur portent. Elle exprime les sentiments de désabusement des jeunes femmes et le bris des illusions que procure l’expérience du monde.

À Montréal, la collaboration d’Ann Lewis à la production du Scribbler, 1821-27 de Samuel Hull Wilcocke est attestée. Dans la dédicace du premier numéro, Wilcocke décrit Ann Lewis comme une amanuensis, montrant ainsi l’important rôle qu’elle a tenu dans la préparation de la feuille périodique : « But you not only encouraged me, and rewarded me as I went on, in my literary employment; you also furnished me with topics, provided me with matter, served me as an amanuensis […]; what have you not been to me, and to this work? To you, therefore I dedicate both myself and it […] »11 Cette collaboration est également signalée dans le nom de plume du rédacteur principal « Lewis Luke MacCulloh » qui est non seulement une anagramme du nom de Wilcocke, mais qui contient le patronyme d’Ann Lewis.12

Fridge

Les petites annonces

 

L’apport des petites annonces comme source d’information sur les activités des femmes peut sembler banal, mais constitue sans doute l’une des sources fondamentales pour comprendre la vie des femmes sous les aspects les plus divers. Quelques Canadiennes offrent des pensions, leurs services comme aide domestique, comme enseignante, cuisinière, ou encore comme commerçante. Ces petites annonces permettent de découvrir la société canadienne et d’entrevoir l’implication souvent inattendue des femmes dans diverses sphères d’activités. Elles ouvrent une porte sur l’univers de la sphère privée, voire de la sphère domestique, et permettent de découvrir les mentalités de l’époque et les aléas de l’existence des femmes. Une femme dépensière sera interdite de crédit par son mari, tandis qu’une autre dénoncera la prodigalité de son époux. On mettra des avis de recherche (une servante en fuite), des annonces d’objets perdus ou volés (petite clé, document précieux, etc.), autant d’éléments témoignant du quotidien et des moeurs de la société canadienne à laquelle les femmes participent.

Les petites annonces et les comptes rendus permettent également de voir l’implication des femmes dans la vie éducative et culturelle. Les annonces et compte rendus des activités se déroulant dans les écoles, les matières enseignées ou encore les invitations à participer à des activités caritatives ou culturelles peuvent être des sources incomparables pour connaître leur implication. Le premier texte signé par des Canadiennes identifiables est d’ailleurs l’oeuvre des petites pensionnaires de l’Hôpital général de Québec et de leurs maîtresses et paraît dans la Gazette de Québec. Il s’agit de la transcription d’un compliment présenté au gouverneur Carleton et son épouse lors de leur visite officielle en 1774. Certains périodiques offrent des résumés très détaillés des fêtes de fin d’année, où la musique, le théâtre et la littérature sont à l’honneur. Ces fêtes constituent, pour les couventines et leurs enseignantes, l’apothéose de leurs efforts dans le domaine artistique et littéraire. Les nécrologies sont également des espaces où les femmes sont présentes. Pour la plupart d’entre elles, il s’agit de l’unique moment où elles franchissent le seuil de l’espace public. Pour le chercheur, il s’agit souvent d’une source d’information non négligeable sur des femmes qui ont sombré dans le parc des oubliées de l’histoire.

Prendre la plume dans les périodiques

Les Canadiennes entrevoient rapidement l’impact de l’imprimé sur l’opinion publique et les possibilités qu’il offre de faire entendre leur voix. Bien qu’ils soient principalement occupés par des signatures masculines ou anonymes et des reproductions de textes étrangers, les feuillets des périodiques présentent plusieurs textes signés sous pseudonymes féminins dès le XVIIIe siècle. La mode des pseudonymes permet toutefois difficilement d’identifier les auteurs des textes jusque tard au XIXe siècle, à quelques exceptions près. Si l’on peut parfois soupçonner le travestissement, il n’en demeure pas moins que ces textes mettent en scène une parole féminine qui offre un nouvel éclairage sur les attentes des contemporains à l’égard des femmes. Les textes signés sous pseudonymes féminins apparaissent le plus souvent sous forme de lettre au journal et mettent en scène des femmes préoccupées par des situations sociales précises ou prenant la défense de leur « sexe ». Grâce aux lettres à l’éditeur, elles profitent d’un régime d’écriture dont la maîtrise leur est reconnue et d’une tribune qui leur permet de se tailler une place dans cette parcelle d’espace public. On trouve également des poèmes, des chansons et des récits brefs, récits qui se transforment parfois en romans dans la seconde moitié du XIXe siècle. Si ces textes sont généralement le fruit d’une unique tentative et que l’on ne peut en général parler d’amorces de carrière avant la seconde moitié du XIXe siècle, quelques « collaboratrices » ont tout de même perduré au-delà du premier essai.

À partir du milieu du XIXe siècle, les périodiques se multiplient et se spécialisent graduellement. Plusieurs d’entre eux valorisent la littérature canadienne et réclament la participation des néophytes, et parfois, comme c’est le cas du Populaire, 1837-38, sollicitent directement les femmes. Cet engouement pour l’écriture féminine donnera naissance à « Marie-Louise », pseudonyme de Joseph-Guillaume Barthe, qui réclame sans relâche sa couronne de laurier au panthéon canadien des lettres. La jeune Odile Cherrier, alias « Anaïs », inspirée par sa « devancière » fictive, devient une importante collaboratrice du Populaire.13 D’octobre 1837 à février 1838, elle signe deux traductions de récits parus dans des journaux américains, un récit original intitulé « Adolphe et Eugène » et plusieurs poésies.14 Dans L’Aurore des Canadas, la jeune « Améla », dont on ignore toutefois la véritable identité, reprend le flambeau en octobre 1839, en signant elle aussi des poèmes en prose et une romance.15

Montréal, Québec et Trois-Rivières constituent encore des pôles importants de la presse périodique, mais une presse régionale commence à émerger. Bien que la multiplication des périodiques augmente les tribunes possibles, le pourcentage de l’espace occupé par les femmes demeure toutefois encore relativement restreint. Le dépouillement des périodiques de la période 1840-1880 reste encore à compléter, mais on constate que si certains périodiques font encore peu de place à la parole des femmes, d’autres ouvrent graduellement leurs pages à de nouvelles venues. Moyen de faire connaître ses opinions sur des sujets d’actualités, de remercier officiellement un auxiliaire précieux ou de rappeler la mémoire d’une proche défunte, les textes publiés par les femmes dans la presse, sous forme de lettre, de poème, de chronique ou de récit, sont le reflet de la vie sociale de leur époque. De plus en plus lettrées, les jeunes filles qui ont appris l’art d’écrire dans les couvents se lancent à la conquête des muses en offrant quelques-unes de leur création à des journaux locaux. La ruche littéraire et politique, 1853-59 présente par exemple un récit de voyage intitulé « De Québec à la chute Montmorency », signé Malvina D****.16 Le journal montréalais La Guêpe contient plusieurs poèmes signés Clara Chagnon au cours de l’année 1866-1867.17 Certains d’entre eux seront publiés également dans Le feuilleton, L’Union nationale, Le Journal de Lévis et La Minerve. Une certaine Mlle Chagnon (la même sans doute) publie également un roman intitulé « Les fiancés d’outre-tombe » dans la Revue Canadienne en 1869. Ce roman historique, pourtant passé à l’oubli, précède de douze ans la parution du roman Angéline de Montbrun de Laure Conan.18

Malgré la publication de nombreux textes dans les non moins nombreux périodiques de la seconde moitié du XIXe siècle, « Amélie Deschamps » signe une « Chronique des dames » dans L’Opinion publique au mois de juin 1876 dans laquelle elle se plaint de l’absence de sujets d’intérêt féminin dans les périodiques canadiens :

Chaque fois que j'ouvre un de nos journaux, que je cours des yeux à travers ses colonnes, je ne le replie jamais sans éprouver une impression pénible, un désappointement. Qu'y a-t-il, me dis-je, dans tous ces articles qui puisse nous intéresser nous autres femmes, qui soit écrit à notre point de vue, qui s'adresse à nous spécialement. […] Tout y est écrit par des hommes, pour des hommes, au point de vue des hommes.19

Ce témoignage montre les difficultés pour les femmes à se tailler une place dans la presse. Ce genre de discours dénonciateur ne doit pas toutefois laisser entendre que les femmes sont absentes, mais bien qu’elles ne sont pas aussi présentes que certaines le souhaiteraient. Les exemples de collaborations féminines sont toutefois de plus en plus nombreux et de plus en plus diversifiés. Dans le dernier quart du XIXe siècle, les périodiques se spécialisent et ouvrent encore davantage les brèches de l’espace public aux femmes. Que l’on pense aux magazines littéraires et « féminins », comme Le Journal du Dimanche, 1883-85 et Le Monde Illustré, 1884-1902, aux périodiques dédiés à la famille comme La Gazette des familles, 1878 et ou encore aux périodiques scolaires comme le journal Le couvent, 1886-99, qui permettent aux jeunes écolières de publier des textes dans un journal distribué dans les familles canadiennes.

Eclater

Conclusion

Les périodiques forment un ensemble de documents hétérogènes dont l’évolution est intimement liée à l’évolution de la société canadienne. L’histoire des femmes qui semble manquer cruellement de sources pour la période qui précède le tournant du XXe siècle peut y trouver de nombreux chemins d’accès pour mieux comprendre les enjeux de sociétés entourant la vie des femmes. On y découvre également leur point de vue sur leur existence, des prises de position parfois déconcertantes de traditionalisme, mais aussi étonnantes de lucidité et d’humour. On y voit même poindre les éléments d’un discours féministe en devenir, là où l’on s’y serait le moins attendu; au détour d’une phrase, dans une petite annonce, chez un personnage créé de toute pièce ou dans un poème d’amour.

Pour qui s’intéresse à l’histoire des femmes, les périodiques sont des sources inépuisables d’informations. Ils comportent aussi des difficultés, notamment en raison de leur quantité impressionnante, de leurs formes hétérogènes et de leurs contenus variés. Or, la difficulté la plus importante provient sans doute du fait que la présence du « féminin » et des femmes est souvent dissimulée dans une masse d’informations.

Il faut aussi compter avec le fait que lorsqu’elles y prennent la parole, c’est le plus souvent de manière anonyme, mais plus encore drapé derrière cette aura de mystère que permet le pseudonyme. Il faut donc apprendre à lire finement, mais surtout apprendre à lire autrement. La numérisation de ces sources, leur rassemblement en un seul lieu, la démocratisation de leur accessibilité via le Web ainsi que les outils de recherche plein texte qui leur sont associés promettent une meilleure utilisation de ces documents et une ouverture sans précédent de ce corpus largement méconnu. Les exemples présentés ici ne sont que quelques échantillons de ce que recèlent ces sources. Les recherches qui ont cours actuellement sur ce corpus et celles qui viendront grâce à la plus grande accessibilité des périodiques canadiens ne pourront que contribuer à mieux connaître l’histoire des femmes et leur histoire littéraire en particulier.

1. Jusqu’à maintenant, nos recherches ont été basées sur les périodiques francophones édités au Québec entre la parution de la Gazette de Québec en 1764 et l’apparition des premières femmes journalistes au tournant du XXe siècle. Elles ont été amorcées dans le cadre de notre thèse, Stratégies épistolaires et écritures féminines. Les Canadiennes à la Conquête des lettres. 1639-1839, Dép. d’études littéraires, UQÀM (2003), dont le 3e chapitre porte sur les premières tentatives d’écriture publique des Canadiennes dans la presse québécoise.
2. L’Abeille canadienne, janvier 1819, p. 21.
3. Le Fantasque, 7 avril 1842
4. Dédié à Rosalie Amiot, qui allait devenir l’épouse de Plamondon, cet almanach comprend essentiellement des textes européens mis à part un poème de Joseph Quesnel.
5. Le Canadien, 13 mai 1833.
6. Par exemple, Julie Bruneau-Papineau et Marie-Marguerite Lacorne-Viger s’intéressent davantage au débat politique qu’à tout autre sujet. Julie Cerré s’intéresse même à la politique internationale et Victoire Papineau puise dans la presse le récit des événements qui marquent l’actualité pour divertir ses correspondants.
7. Elizabeth Ann Tracey née en Irlande vers 1806, accompagne ses frères au Canada en 1825 et s’installe à Montréal. Elle épouse Charles Wilson, homme d’affaires et sénateur, le 19 mai 1835. Décédée à Montréal le 11 février 1879.
8. Fleury Mesplet avait été accusé d’avoir pris le parti des Américains dans la guerre d’indépendance.
9. Voir R. W. McLachlan, « Fleury Mesplet, the first printer at Montréal », dans Mémoires et comptes rendus de la société royale du Canada – 1906, Ottawa, James Hope & fils, 1906, p. 197-309. et Jean-Paul Delagrave, Fleury Mesplet (1734-1794). Diffuseur des Lumières au Québec, Montréal, Patenaude, 1985. L’ouvrage de Daniel Claus, A primer for the use of the Mohawk children est disponible sur Canadiana dans la version publiée à Londres par C. Buckton en 1786.

10. Marie-Anne-Julie Duvernay, fille de Joseph Duvernay et de Marie-Anne Julie Rocbert de la Morandière, épouse Pierre Fortin, un charpentier natif de Verchères, en 1822.
11. « Mais vous ne m’avez pas seulement encouragé et récompensé tout au cours de mes activités littéraires, vous m’avez aussi inspiré des sujets, procuré de la matière, et servi d’amanuensis […]; que n’avez-vous pas fait pour moi, et pour cette oeuvre? À vous, je dédie donc et ma personne, et ceci […] » [Traduction], The Scribbler, 28 juin 1821, p. 1.
12. Carl F. Klinck, « Wilcocke, Samuel Hull » dans Dictionnaire biographique du Canada, VI, 1987, p. 899-901.
13. Odile Cherrier, est la soeur d’André-Romuald, collaborateur au Populaire sous le pseudonyme de « Pierre-André », et de Georges-Hippolyte, futur éditeur de Charles Guérin (1853) de P.-J.-O. Chauveau et de la revue La Ruche littéraire.
14. « Rosalie Berton » 25 octobre 1837 [trad.] ; « Horrible tragédie. Une scène à Saint-Domingue » 17 janvier 1838 [trad.] ; « Adolphe et Eugène », 24 novembre 1837 ; « À Élise », 31 janvier 1838 ; « Une promenade avec André dans le cimetière », 2 février 1838 ; « L’amitié », 12 février 1838.
15. « Romance. Fleurs funéraires d’une jeune Canadienne aux mannes de sa mère chérie », 4 octobre 1839 ; « Stances sur la mort de Pierre G. Damour, médecin », 11 octobre 1839 ; « Promenade champêtre », 12 novembre 1839 ; « Qui s’intéresse à ma mélancolie ? », 6 décembre 1839 ; « Mes souvenirs ou Amélia sur la tombe de sa mère », 23 octobre 1840.
16. La ruche littéraire et politique, mai 1854, p. 220–226.
17. Dans La Guêpe, on trouve : « Aux Messieurs », 18 mars 1867 ; « Qui ne pleure pas le soir », 30 mars 1867, « Laissez-moi mes rêves », 30 novembre 1867.
18. Julie Roy, « Laure Conan et « Les fiancés d’outre tombe » de Mlle Chagnon. Une filiation littéraire inédite », dans Sens communs. Expérience et transmission dans la littérature québécoise, H. Jacques, K. Larose et S. Santini (dir. publ.), coll. : « Convergence », Nota Bene, 2007, p. 259-272.
19. L’Opinion publique, 8 juin 1876, p. 266.