Le Noël canadien

Selon la tradition, Noël célèbre la naissance de Jésus-Christ. Ce n’est toutefois qu’au IVe siècle que la date du 25 décembre est retenue pour célébrer la fête de Noël dans le but de la substituer aux fêtes païennes soulignant le solstice d’hiver. Au Ve siècle, sous le pontificat du page Grégoire le Grand, la messe de minuit se célèbre déjà et, dès le VIIe siècle, l’usage de célébrer trois messes est établi.

Au début du Moyen Âge, la célébration de Noël se répand à travers l’Europe, atteignant l’Irlande au Ve siècle, l’Angleterre au VIIe siècle, l’Allemagne au VIIIe siècle, les pays scandinaves au IXe siècle et les pays slaves entre le IXe et le XIIe siècle. Les premières crèches font leur apparition dans les églises italiennes au XVe siècle avant de se répandre partout au XVIIe siècle.

À l’origine, la fête de Noël est contestée en Angleterre et en Amérique où elle soulève la méfiance des églises puritaines protestantes qui la perçoivent comme une invention de l’église catholique allant à l’encontre de la véritable foi chrétienne. Après la victoire du Parlement lors de la Première Révolution anglaise, les puritains abolissent la célébration de Noël en Angleterre, provoquant ainsi des émeutes parmi les adeptes de cette fête. D’autres interdictions semblables sont mises en place dans certaines parties de la Nouvelle-Angleterre.

Dans la Nouvelle-France catholique, la fête de Noël est tolérée par l’Église et revêt une importance sentimentale et spirituelle particulière chez les premiers colons et missionnaires. Dans son livre Histoire des Canadiens du Michigan et du comté d’Essex, Ontario, Télesphore Saint-Pierre décrit brièvement l’une des premières célébrations de Noël, en 1675, dans la région des Grands Lacs, Nouvelle-France (région qui fait aujourd’hui partie de l’État du Michigan) : 

 

Au Canada français, Noël se célèbre traditionnellement avec la veillée de Noël et le réveillon : après la messe de minuit, les membres de la famille se réunissent pour partager un copieux repas composé de dinde, de tartes à la viande et autres plats, y compris pour dessert la bûche de Noël.

 

Cette illustration de Bibliothèque et Archives Canada dépeint le retour à la maison après la messe de minuit dans un village du Canada français :
 

 

La collection de la Bibliothèque canadienne de l’Agriculture du ministère d’Agriculture Canada, qui est disponible sur le portail de recherche de Canadiana, contient une série d’entretiens radiophoniques hebdomadaires datant des années 1930. Le 13 décembre 1934, le ministère de l’Agriculture du Dominion présente une émission portant sur la dinde de Noël dans laquelle il déclare : « Pour la majorité des Canadiens et Canadiennes, un repas de Noël sans dinde ne constituerait pas vraiment un repas de Noël. Une bonne dinde canadienne de qualité, lorsqu’elle est bien apprêtée, farcie et rôtie à point, contribuera grandement à faire rayonner l’esprit de la joie de Noël et suscitera un tel sentiment de satisfaction après le repas que nul ne saurait exprimer avec des mots. »
 

 

L’œuvre de Charles Dickens, Un conte de Noël (1843), contribue à réinventer Noël pour en faire une fête populaire, alors que beaucoup d’écrits s’inspirent de thèmes de Noël. Publié à Montréal en 1889, le recueil de Contes de Noël écritpar Joséphine Marchand-Dandurand est préfacé par le réputé poète Louis Fréchette. Au XIXe siècle, madame Dandurand est elle-même bien connue pour ses écrits féministes.

 

Nombreux sont les anciens périodiques canadiens qui offrent à leurs lecteurs des suppléments illustrés à l’occasion de Noël dont ceux-ci publié en 1889 par le Northern Messenger et en 1891 par le Dominion Illustrated :
 


 

 

L’origine des sapins de Noël remonterait à 1521, alors qu’ils font leur apparition en Alsace. Mais, ce n’est qu’en 1781, après la guerre de la Révolution américaine, que cette tradition allemande s’implante au Canada. Le premier sapin de Noël en sol canadien serait celui planté à Sorel (Québec) par l’épouse du général Von Reidesel, commandant de la garnison britannique au Canada qui comptait de nombreux soldats allemands. La pratique n’entre pas dans les mœurs canadiennes avant l’époque victorienne alors qu’elle se répand dans le reste du Canada et des États-Unis,et  plus particulièrement dans les familles de la classe bourgeoise. Il faut attendre les années 1920 pour que les sapins de Noël commencent à orner plusieurs foyers dans les centres urbains puis, les années 1930 dans ceux des milieux ruraux.

 

Le sapin de Noël représenté en 1878 dans cette image de l’Illustrated News est décoré de petits soldats et tambours et semble être couronné du Red Ensign canadien :


 

 

Au XIXe siècle, alors que la sensibilisation aux fléaux sociaux et économiques est, pour tout dire, rudimentaire – on s’attend à ce que les pauvres améliorent leur sort à force d’économies et de dur labeur – Noël offre l’une de ces rares occasions où l’on préconise la charité envers les moins fortunés. L’Opinion publique (31 déc. 1873) dépeint les différentes réalités vécues à Noël tant chez les pauvres que chez les riches.
 

 

Dès la fin du XIXe siècle, la période des fêtes de Noël manifeste déjà l’énorme importance commerciale et économique dont il jouit encore de nos jours, pour le meilleur ou pour le pire. Ce numéro du 23 décembre 1876 du Canadian Illustrated News contient un article décrivant un foyer de la haute société décoré de guirlandes pour la veille de  Noël :


 

 

Santa Claus est un personnage folklorique d’origine allemande dont l’imagerie contemporaine le représentant sous les traits d’une personnalité de Noël chargée de cadeaux remonte au XIXe siècle. L’illustration de Santa Claus ayant exercé la plus grande influence est celle de Thomas Nast qui, en 1863, le dessine dans Harper’s Weekly sous les traits d’un vieillard barbu et joyeux. Ce concept est repris par plusieurs illustrateurs canadiens :


Sur la page couverture du Canadian Illustrated News publié pour Noël 1875, la personnalité traditionnelle britannique du « Père Noël » apparaît avec toutes les parures d’un Santa Claus moderne – même le traîneau tiré par des rennes!
 

 

Les chercheurs ont discuté du lien pouvant exister entre le Père Noël (Santa Claus) et son précurseur néerlandais, Sinterklass ou Saint-Nicolas qui a présidé la fête de Saint-Nicolas dans la tradition néerlandaise. Les deux personnages sont traités de façon interchangeable dans ce numéro du 23 décembre 1878 de l’Illustrated News :
 


 

Voici une illustration inaccoutumée d’un Père Noël sans barbe ni moustache (1885) :
 


 

Dès 1889, le Père Noël est véritablement devenu « l’ami des enfants » alors qu’il accomplit sa mission bien connue :
 


 

 

Depuis la fin du XIXe siècle, les progrès réalisés dans les domaines de la cartographie et des communications permettent aux enfants canadiens de suivre les déplacements du Père Noël avec une grande précision. Dans « The Triumph of Science » (Le Samedi), le jeune Tommie explique : « Je connais bien ma géographie, moi! Tu vois, quand le bonhomme Noël n’a rien à faire, il se retire au Pôle Nord pour ne pas être dérangé. Quelques jours avant Noël, il prend ce chemin-là : Tiens, tu vois, là. Puis il s’en va à l’Église Notre-Dame pour demander ses ordres au Petit Jésus à la Messe de Minuit : et il nous apportera pour le jour de l’An tout ce que le Petit Jésus lui aura dit. »
 

 

Le portail de recherche de Canadiana contient plusieurs extraits d’enregistrements sonores dont les deux chansons canadiennes-françaises qui suivent :

 

« Noël des bergers » (1920?) est chanté par Joseph Saucier qui, croit-on, serait le premier artiste canadien-français à avoir fait un enregistrement au Canada (vers 1904).

 

Si vous préférez quelque chose d’un peu plus engageant, peut-être apprécierez-vous « Noël tout blanc » (1940?) interprété par José Lasalle. Lasalle est le nom de scène de Roland Lebrun, mieux connu au Québec sous le nom de « soldat Lebrun ». Bien qu’il ait aujourd’hui sombré dans l’oubli, il fut très populaire au Québec au début des années 1940. Noël tout blanc est une de ces nombreuses chansons soulignant la fête de Noël sur les champs de bataille durant la Seconde Guerre mondiale